Théorie Amonique

Tác giả: Niels Bohr

Nhà xuất bản: Paris

Năm xuất bản: 1932

Số trang: 120

Ngôn ngữ: fr

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La Science a pour mission d’accroỉtre et de éoordon ner nos eonnaissances expérimentales; cette tâche pré sente đes aspects variés, intimement liés l’un à l’autre. C’est de 1’expérience seule que nous pouvons dégager les lois qui nous permettent d’atriver à une vue d’en sembla de la multiplicité des phénomènes. Au fur et à mesure de l’accroissement de nos connaissances expéri mentales, nous devons donc nous attendre ằ voir se modiâer les idées directrices qui eonviennent le mieux à leur coordination. A ce sujet, il importe surtout d’observer que nous classons forcément toutes les expé riences nouvelles dans le eadre de nos eonceptions et de nos formes d’intuition habituelles. Selon la nature de * la question étudiée, les différents aspeets de la recherche scientiíìque jouent un rôle plus ou moins important. En physique, où nous travaillons à coordonner nos expé riences du monđe extérieur, il est elair qu’il sera moins souvent question de la nature de nos formes d’intuition qu’en psychologie, où c’est notre J?ropre activité de pensée qui fait elle-même l’objet des reeherches. Pour- tant, c’est préeisément 1’« objectivité » des observa tions physiques qui nous permet paríois de mettre vivement en lumière le caractère subjectif de toute expérience. L’histoire des Sciences en oíĩre de nombreux exemples. Qu’il me suffise de rappeler quelle impor tance 1’étude des phénomènes sonores et lumineux, auxiliaires physiques de nos sens, a toujours eue pour l’analyse psycbologique, ou combien 1'établissement đéồnitiỉ des lois đe la méeanique a été essentiel pour * le développement général de la théorie philosophique đe nos connaissances. Au cours du đernier dévelop pement de la physique, ce caractère íondamental de la Science a joué un rôle de tout premier plan. La granđe extension đe nos connaissances expérimentales, en fai sant ressortir l’insuffisance des simples représentations méeaniques, a ébranlé les fondements de notre interpré tation habituelle des observations, et soulevé sous une forme nouvelle d’anciens problèmes philosophiques. Ceci s’applique lant à la révision des bases đe la description spatio-temporelle, provoquée par la théorie de la relativité, qu’à la nouvelle discussion du principe đe causalité, à laquelle a donné lieu le développement đe la théorie quantique. L’origine đe la tìiéorie de la relativité est étroitement liée au développement des iđếes électromagnétiques; celles-ci ont conduit à approíondir le eoncept de force et provoqué ainsi un remaniement complet đes idées fondamentales de la mécanique. La relativité des phé-nomènes de mouvement par rapport à l’observateur avait déjà joué Un rôle essentiel dans l’éđification de la mécanique classique, et apporté une aide eíâcace à l’élaboration de ses lois générales. Mais eelles-ci paraissaient satisfaisantes tant au point de vue physique qu’au point de vue philosophique, et c’est seulement la théorie électromagnétique qui a provoqué une crise dans ce domaine, en mont.rant que toutes les actions đynamiques se propagent avec une vitesse finie. Sans doute, on pouvait fonder sur la théorie électro-magnétique une description causale des phénomènès, ■ qui maintenait les théorèmes ỉondamentaux de laméca nique sur la conservation de l’énergie et de l’impulsion, en attribuant ụne énergie et une impulsion aux champs de ỉorces eux-mêmes. Mais 1’éther universel, entité liypothéỄique si utile au développement de la tliéorie électromagnétique, représentait un système absolu đe référence dans l’espaee-temps; ceei étáit déjà fort peu satis&isant au point de vue philosophique, et dfr plus, toutes les tentatives faites pour déeeler le mouve ment đe la Terre par rapport à eet éther universel hypo- , thétique avaient eomplètement éehoué. D;ailleurs, on n’avait rien ehangé à 1’ệtat de la questíon en montrant que 1 ’éehec de toutes ees tentátives était en parfait aceord avec la théorie électromagnétique. C’est Einstéin le premier qui est parvenu à dégager la limitation que la vitesse de propagation fìnie de toutes les actions dyna-miques, y eompris les actions de rayonnement, impose à nos possibilités d’observation, et par suite au domaine d’applieation des eoncepts d’espace et de temps; il a inau-guré ainsi une interprétation plus large de ces eoneepts, dont nous trouvons l’exemple le plus frappant dans la relativité du eoncept de simultanéité. Cette atti tude ờ’esprit lui a permis de découvrir d’impor tantes relations ncuvelles même en dehors du domaine propre de la théorie éleetromagnétique; sa théorie de la relativité générale, ineorporant les actions de gravi-tation à 1’ensemble des phénomènes physiques, satisfait au plus haut point ce besoin d’unité dans la description ,des phénomèhes, qui est ridéal des théo’ũes de la phy-sique classique. La théorie quantique a pour point de départ le déve-loppement des idées atomistiques qui, au cours du siècỉe dernier, ont fourni à la méeanique et à la théorie élee-tromagnétique un domaine d’applications íertiles de plus en plus étendu. Mais vers la fin du siècle, l’appli-cation de ces théories aux problèmes atomiques a révélé une limitatíon nouvelle, qui a pu être interprétée grâee à la découverte de Planck; 1’existenee’ du quantum d’action conduit à attribuer aux processus atomiques inđividuels un earactère de diầcontinuité tout à fait étranger aux principes ỉonđamentaux de la physique classique, d’après lesquels toutes les actions sont sus-ceptibles đe variation continue. En mêmé temps que le quantum d’aetion devenait de plus en plus indispen-sable à ia coordination des expériences relatives aux propriétés atomiques, il fallait renoncer progressive-ment à déerire le eomportement individuel des atomes dans 1’espace et dans le temps coníormément au prin-cipe de causalité, et imaginer que la Nature peut faire parmi điverses possibilités un libre choix, qui n’est soumis qu’à des considérations de probabilité. On a cherehé à ỉormuler les lois générales de ees possibilités et de ces probabilités par une applieation đes concepts classiques, eonvenablement limitée; après une série đ'tapes, ces eiTorts ont abouti, dans ces đernières années, à la créatiớti d’une mécanique quantique ration-nelle, qui a permis d’interpréter un grand nombre de íaits expérimentaux, et qui se présente à tous égards eomme une généralisation des théories de la physique classique. On est également parvenu peu à peú à élu eiđer complètemént la relation étroite qui unit, đans la deseription quantique des phénomènes, la néeessité đe renoncer à la connexion eausale et la limitation de la possibilité d’établir une distinetion entre un phénomène et son observation, qu’implique 1’indivisibilité du quan-tum d’aetion. Ceei nous oblige à modider essentiellement notre manière d’envisager tant le principe de eausalité que le concept d’observation.