Comme je l’ai indiqué dans la Préface de la première édition de ce livre, mon but a été de mettre en évidence, d’une manière accessible à tous, le rôle du hasard dans les diverses branches de la connaissance scientifique ; j’écri vais, en 1914 que « ce rôle a beaucoup grandi depuis un demi-siècle ; le moment est venu de nous demander si nous n’avons pas assisté, presque sans nous en apercevoir, à une véritable révolution scientifique ». Depuis que j’écrivais ces lignes, la révolution scientifique a pris une telle ampleur qu’il est devenu banal d’en parler et le rôle de la science du hasard n’a cessé de croître. Cette science, que l’on appelle traditionnellement calcul des probabilités, repose, comme toutes les sciences, sur un certain nombre de notions simples qu’il est nécessaire de posséder à fond avant de pousser plus loin l’étude des applications diverses. C’est à l’exposé de ces notions simples et de leurs applications immédiates qu’est consacrée la plus grande partie de ce livre ; il n’y avait pas lieu de la modifier profondément dans ‘cette nouvelle édition, car il s’agit là de matières qui, comme la géométrie d’Euclide, ou les éléments de l’arithmétique, constituent une science achevée, dont on peut varier légèrement les méthodes d’exposition, mais dont l’ordonnance générale subsistera aussi longtemps que les hommes cultiveront les sciences. Je me suis donc borné, en ce qui concerne ces matières classiques à quelques corrections et remaniements de détail. VIII LE HASARD Par contre, il m’a paru nécessaire de donner aux lec teurs de ce livre quelques aperçus sur le rôle nouveau joué par la science du hasard dans les recherches scienti fiques les plus modernes, notamment en physique et en biologie. Il ne pouvait être question de remplacer ni même de résumer ici les nombreux ouvrages qui ont été consacrés depuis vingt ans aux progrès de ces sciences. Mais, pour ceux de nos lecteurs qui liraient ces ouvrages, il fallait mettre en évidence le lien étroit entre ces progrès et l’introduction chaque jour plus étendue, de la théorie des probabilités dans les diverses sciences. Je serais heureux si cette nouvelle édition, comme les premières, contribuait à intéresser de nombreux esprits cultivés à la science du hasard et les préparait à l’étude des applications si diverses de cette science. Juin 1947